"S’embêter tout seul, c’est quand même moins embêtant que de s’amuser en bande."Georges Hyvernaud, Lettre anonyme.
(Illustration : Tinus Vermeersch)
"Citer, c'est faire usage de la bibliothèque de Babel ; citer, c'est réfléchir à ce qui a déjà été dit et si nous ne le faisons pas, nous parlons dans un vide où nulle voix humaine ne peut produire un son." Alberto Manguel
"Ne l'avais-tu pas répérée à sa fennyètre se dandelinant sur une chaise en osier, et devant elle une meusique en tricroches conéiformes, affectant de faire suérinter une lémantation en saule d'un pleureur qu'elle frobichait avec un archet sans crins du touch?"
"Mais alors n'est-ce pas que ces éléments, tout ce résidu réel que nous sommes obligés de garder pour nous-même, que la causerie ne peut transmettre même de l'ami à l'ami, du maître au disciple, de l'amant à la maîtresse, cet ineffable qui différencie qualitativement ce que chacun a senti et qu'il est obligé de laisser au seuil des phrases où il ne peut communiquer avec autrui qu'en se limitant à des points extérieurs communs à tous et sans intérêt, l'art, l'art d'un Vinteuil comme celui d'un Elstir le fait apparaître, extériorisant dans les couleurs du spectre la composition intime de ces mondes que nous appelons les individus et que sans l'art nous ne connaîtrions jamais ? Des ailes, un autre appareil respiratoire et qui nous permissent de traverser l'immensité ne nous serviraient à rien. Car si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens ils revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions y voir. Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d'aller vers de nouveaux paysages, mais d'avoir d'autres yeux, de voir l'univers avec les yeux d'un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d'eux voit, que chacun d'eux est; et cela, nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil, avec leurs pareils, nous volons vraiment d'étoiles et étoiles."
En écho à Didier da Silva, et même si cela n'intéresse personne, nous nous sommes livrés à l'exercice égotiste des "20 livres à emmener sur la planète Mars" :
"Que toute douleur soit en toi le passage d'un insecte qui va s'envoler. Ne te renferme pas sur l'insecte rongeur. Ne deviens pas amoureux de ces carabes noirs.
"L’ironie, c’est la gaieté un peu mélancolique que nous inspire la découverte d’une pluralité ; nos sentiments, nos idées doivent renoncer à leur solitude seigneuriale pour des voisinages humiliants, cohabiter dans le temps et dans l’espace avec la multitude ; les nouveautés avouent leur vieillesse et tournent à la confusion des naïfs ; l’univers s’anime, mais la particularité s’atrophie ; et il y a dans le monde tout à la fois plus de variété et moins de ferveur."
Les réactionnaires de tout poil aiment répéter que les émissions culturelles du service public ne sont plus ce qu'elles étaient. Nous ne résistons pas à la tentation de faire entendre l'inimitable Jacques Chancel, posant en 1975 des questions d'une pertinence douteuse à un Michel Foucault poliment embarrassé...
"Nos mots sont des géants quand ils nous blessent, des nains quand ils doivent nous servir."
"Des savants prétendent que la chaleur animale se développe par les contractions musculaires, et qu'il est possible en agitant le thorax et les membres pelviens de hausser la température d'un bain tiède.
Un chien entra, moitié dogue moitié braque, le poil jaune, galeux, la langue pendante.
"Le calme et les ombres président au charme secret du sentiment de la vie."
"Le sel, maintenant : une saveur dans les larmes; sur les lèvres, le goût vivant de la vie; dans la mémoire des êtres récents, des êtres précaires, le soupçon qu'il fut jadis dans la mer la source de leur malédiction et de leur coûteuse gloire.
"Mieux qu'une tour profane,
"L’homme est suspendu entre Dieu et la jeunesse" écrivait Witold Gombrowicz. Que se passerait-il si un individu refusait ce nécessaire continuum entre le désir de perfection et la "face ascendante" de l’apprentissage, refusait follement les limbes du perfectible ? C’est ce qu’a voulu imaginer François Josse dans Petite anatomie de la bienséance. Son héros ne se satisfait pas, précisément, de la tangence de la vie et de l’envie ; il a l’esprit d’escalier, fait des listes de sujets de conversation, rêve d’une vie sociale régie dans ses plus petits détails par des règles, et de composer chaque instant de son quotidien avec une minutie luxueuse et froide. Seulement voilà : sa vie réelle ne correspond guère à son idéal et n’est qu’une "rhapsodie de scrupules".