samedi 28 février 2009

Psychologie du froid

"Mais il faudrait beaucoup plus de documents pour formuler une psychologie du froid. Malgré beaucoup de recherches, nous n’avons pu jusqu’à présent constituer un dossier suffisant pour étudier objectivement l’imagination du froid. Nous avons lu vainement de nombreux récits sur les voyages polaires sans trouver souvent d’autres moyens d’évoquer le froid qu’une référence – naturellement toute rationalisée – au thermomètre. Le froid est, à notre avis, un des plus grands interdits de l’imagination humaine. Alors que la chaleur fait en quelque manière naître les images, on peut dire qu’on n’imagine pas le froid."
Gaston Bachelard, La Terre et les rêveries du repos.

mercredi 25 février 2009

Hard-discount littéraire

Random site
Le dernier opus de Philippe Labro, en tête des meilleures ventes de roman dès la deuxième semaine, continue à se vendre comme un petit pain. Il est intitulé : "Les Gens".

lundi 23 février 2009

Rien d’objectif ni de visible


Extrait de La Sentinelle (1992), premier long métrage d'Arnaud Desplechin.

"Le bras de fer, où se croisent les deux armes et où s’immobilise le double élan des corps, rapproche, face à face, les deux visages de chair ; que voient, alors, l’un de l’autre, ces deux invisibles ? Rien d’objectif ni de visible ; pourtant, ils voient leur rencontre, puisqu’ils éprouvent la pesée de chaque élan contre l’autre, pesée unique et commune, équilibrée et partagée ; ils voient, de leurs regards toujours invisibles, le vécu de leurs tensions ; la croisée des regards imite ici la croisée des fers – ce qu’ils voient l’un de l’autre consiste en la tension équilibrée des visées, comme deux armes croisées."
Jean-Luc Marion, Prolégomènes à la charité.

dimanche 22 février 2009

Insectes étourdis

"Il n'y a de vie que d'insectes étourdis et d'hirondelles ivres."
Paul Valéry, Cahiers.








K. Stockhausen, Leo, extrait du "Tierkreis".

jeudi 19 février 2009

Comme les pattes de crabes

"Je prétends que les phrases au conditionnel passé sont les pires du monde. Ces phrases sont comme les pattes de crabes qui marchent de travers, ou comme les pinces des langoustines qui ne coupent pas mais arrachent et déchirent."
Pascal Quignard, Le Salon du Wurtemberg.

mercredi 18 février 2009

Dagnija Dreika, Miroitements

Miroitements de Dagnija Dreika est un bref recueil de poèmes sans prétention. L’auteur de ces 22 textes courts, présentés en édition trilingue, est une poétesse lettone née en 1951. Le livre donne l’image d’un écrivain qui n’a pas peur des motifs traditionnels du lyrisme (le soir, le froid, la nature) : sans épanchements, la poésie de Dagnija Dreika affiche une simplicité presque enfantine, et ses poèmes ont parfois, par leur sobre usage des répétitions, des tours de comptines ("Notre vie, cher dragon, est un conte à dormir debout / mais les songes… les songes ne mentent pas. / Je sommeille, mon dragon, mon songe-creux"). L’auteur a beau citer Philippe Jaccottet en épigraphe, utiliser la versification libre, les points de suspension, d’étranges tirets, on se sent en marge de toute modernité : une poésie de jeune fille du dix-neuvième à sa fenêtre, dont rien ne rehausse la tristesse fade et naïve. Une poésie à lire pour sa fraîcheur, sa sobre mélancolie, son lyrisme empêché.
"Les hommes de neige / auront des galons d’argent à la boutonnière."








"Puhstemuhme", extrait des Kinderlieder de Walter Gieseking, par Elisabeth Schwarzkopf et le compositeur au piano.
(Illustration : Lionel André)
livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

samedi 14 février 2009

Copeaux d'atelier (1)

"J’allais au hasard avec la chaude, la suave certitude d’une vie choisie" / "seule la lenteur, alors, était épiphanie, une épiphanie dense, étale" / "au doux émoi, à la tranquille effervescence" / "Le merveilleux appétit regarde et s’exalte" / "au gré, selon la disposition, plénitude, hâte."

Par ordre d’apparition : Jean-Paul Michel / Agnès Rouzier / Marie NDiaye / Paul Valéry / Stéphane Mallarmé
Musique : Ingram Marshall, Darkwaters (extrait)

lundi 9 février 2009

Less is more

"J'ai longtemps, in petto, emprunté à Mies Van der Rohe (qui lui-même, je suppose...) la devise Less is more. Découragé par la réciprocité circulaire qu'implique la copule is, je l'ai abandonnée par la suite au profit de Moderato ma non troppo, finalement oubliée à son tour, au profit d'une bien plus minimaliste, et moins onéreuse, absence de devise."
Gérard Genette, Bardadrac.

Tant qu'il est encore temps...







"Geht leise", extrait des Kinderlieder de Walter Gieseking, par Elisabeth Schwarzkopf et le compositeur au piano.
(Illustration : Maya Bloch)

dimanche 8 février 2009

Le voyage aux Indes (1)

ou : Grandeurs et misères de la sérendipité

C'est l'une des grandes lois de la théorie de la sérendipité : "Je trouve plus et mieux sur ce que je ne cherche pas." Il n'est pas sûr cependant que certains internautes conduits ici par Google cautionnent cette vision des choses. Depuis le début de l'année, nous notons les mots-clés qui conduisent vers ce blog, grâce aux rapports détaillés de StatCounter. On trouvera ci-dessous quelques-unes des requêtes les plus inattendues, avec les liens aux billets où ont atterri ces infortunés internautes. Nous avons donc :

vendredi 6 février 2009

Agir par bande

"C'est ce que nous nommons agir par bande, métaphore prise du jeu de billard. Si l'on poussait la bille B, dans le sens CB, on ferait bien entrer la bille A dans la blouse, mais B y entrerait avec elle ; au lieu de cela, on l'a fait par bande, c'est-à-dire qu'on pousse dans le sens KB : elle va frapper R et revient dans le sens RA.
Voilà, ma petite minette, une explication bien mauvaise et bien longue pour expliquer un mauvais terme, mais enfin nous saurons qu'agir par bande c'est mettre en jeu la passion que l'on connaît à quelqu'un au lieu de lui demander directement. Or, ce principe est général, car lorsqu'une personne vous aime, lui demander directement c'est précisément mettre en jeu son amour. [...] Tu sauras donc qu'il faut de bonne heure prendre l'habitude d'agir par bande. C'est un des grands principes dont je t'ai parlé ; notre esprit nous en a bien démontré la vérité, mais notre moi moral n'en a pas encore pris l'habitude."
Stendhal, lettre à sa soeur Pauline, samedi 22 mars 1806.

mardi 3 février 2009

Un grain de sable

"Pour produire une perle parfaite, l’huître a besoin d’un petit éclat de matière, d’un grain de sable ou de tout autre corps étranger. Sans ce dur noyau, l’évolution de la perle serait laissée au hasard. Pour que le sentiment de la forme et de la couleur, qui est celui de l’artiste, cristallise en une œuvre parfaite, il lui faut aussi ce dur noyau : une tâche précise où s’appliquer.
Nous avons vu, au cours des siècles, l’œuvre d’art se former sur ce noyau vital. C’est la communauté qui fixait à l’artiste sa tâche : faire un masque rituel, construire une cathédrale, peindre un portrait, illustrer un livre. Il importe relativement peu que ces diverse tâches trouvent encore un écho en nous ; il n’est nul besoin de croire à l’efficacité de la magie dans la chasse au bison, ni d’approuver la glorification de guerres cruelles ou l’étalage du pouvoir et de la richesse pour admirer des œuvres d’art qui furent créées à de telles fins. La perle recouvre entièrement le noyau. […] Même lorsque les commandes se firent plus rares, il resta à l’artiste quantité de problèmes à résoudre et où appliquer sa maîtrise. Quand la communauté cessa de lui assigner des problèmes, c’est la tradition qui le fit à sa place. Elle portait avec elle ces grains de sable, ces noyaux indispensables : des tâches à accomplir ; l’exigence de reproduire la nature est le fait d’une tradition, non celui d’une nécessité intérieure. La constance de cette exigence dans l’histoire de l’art, de Giotto aux impressionnistes, n’implique pas, comme on le croit quelquefois, qu’il soit de "l’essence" ou du "devoir" de l’art d’imiter le monde réel. […] De plus, chaque solution trouvée, même la plus ardue, donnait la possibilité à la génération montante de s’exprimer à son tour. Car l’artiste en révolte contre la tradition dépend encore d’elle puisqu’il en tire l’aiguillon qui dirige ses efforts."
E.H. Gombrich, Histoire de l’art.

lundi 2 février 2009

The snow is dancing



Hey, ho, the wind and the rain, par Alfred Deller.

dimanche 1 février 2009

Eclaircie









J.S. Bach, Jesus ist ein Guter Hirt, aria avec violoncelle piccolo obligé (cantate BWV 85), Andreas Scholl, Christophe Coin.
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