
Alors les heures ondulent dans la solitude veillée. Les heures ondulent entre la responsabilité d’un savoir et la liberté des rêveries, cette trop facile liberté d’un homme solitaire.
L’image d’un veilleur à la chandelle me suffit pour que je commence, moi, ce mouvement ondulant des pensées et des rêveries. Oui, je serais troublé si le rêveur qui est au centre de l’image me disait les causes de sa solitude, quelque lointaine histoire des trahisons de la vie. Ah ! mon propre passé suffit à m’encombrer. Je n’ai pas besoin du passé des autres. Mais j’ai besoin des images des autres pour recolorer les miennes. J’ai besoin des rêveries des autres pour me souvenir de mon travail sous les petites lumières, pour me souvenir que, moi aussi, j’ai été un rêveur de chandelle."
Gaston Bachelard, La Flamme d’une chandelle.